PÊCHEURS PROFESSIONNELS : TROP DE QUESTIONS SANS RÉPONSES !

Je vais malheureusement vous parler des pêcheurs professionnels et de leur impact grandissant sur les populations piscicoles de nos fleuves et rivières : un fléau bien réel qui doit mobiliser les pêcheurs de loisirs.

La question est tristement d’actualité, puisqu’après la Loire, la Saône et bien d’autres cours d’eau bientôt quasiment vides, ils risquent bien, tel un vol d’oiseaux noirs, de s’implanter sur de nouveaux lots et si nous n’y prenons garde, ils n’auront plus qu’à tendre et retirer leurs filets, avec la bénédiction des services de l’Etat, sans compte à rendre à personne et certainement pas à nous simples pêcheurs de loisir.

Le danger est réel, puisque le C.O.N.A.P.P.E.D. (Comite NAtional de la Pêche Professionnelle en Eaux Douce), depuis sa création en 2008 s’évertue à forger son image de grand protecteur du milieu aquatique et d’acteur incontournable du secteur social et économique de la pêche en France.

Le plus incroyable, c’est que les politiques et les services de l’Etat,  voir pire encore des institutions comme l’I.N.R.A., le C.N.R.S. ou le W.W.F. se laissent séduire par des arguments tous plus délirants les uns que les autres.
Il faut savoir que dans certains départements, ce sont déjà eux qui décident ou qui donnent leur avis sur le plan de gestion départemental de pêche, ou qui valident les arrêtés départementaux annuels, laissant bientôt des miettes à la fédération départementale…
Oui, nous en sommes déjà là dans quelques départements !

Par exemple en Bourgogne, pour organiser un des plus vieux enduro carpe, les organisateurs n’ont obtenu les autorisations administratives qu’après s’être engagés à dédommager ces pauvres malheureux "pêcheurs pro" à hauteur de 1800 euros pour la perte financière sur leur production hebdomadaire ! Avec en prime, le soutien de la D.D.T. de Saône et Loire !

En tant que simple citoyen, on est en droit de s’interroger sur le bien fondé de l’implantation et l’enracinement de pêcheurs professionnels sur des lots de pêche, surtout en eaux libres et publiques.

Et surtout, la question à se poser est la suivante : qu’advient-il du fruit de cette pêche ?
1. Sert-il à alimenter certaines piscicultures en géniteurs ou gros sujets ?
2. Sert-il  à alimenter la filière agricole et aquacole après transformation en farine ou autres dérivés ?
3. Ou bien encore, au maintien d’une tradition artisanale et ancestrale, pour l’alimentation en poissons "frais" de quelques étals ou
    restaurants ?

Quelles qu’en soient les raisons, le choix des services de l’Etat et surtout la détermination avec laquelle ils soutiennent ces pêcheurs professionnels, ne peuvent que susciter des interrogations :
• Comment, en terme de sécurité sanitaire, être certain qu’une fois transformé en farine ou autre substituts à destination de l’élevage de
   bétails ou poissons, le produit contaminé aux polychlorobiphényles (PCB) ou autres métaux lourds de ces pêcheries, ne terminent pas dans
   nos assiettes ?
• Pourquoi nous imposer à nous pêcheurs de loisirs, des règles de préservation, des obligations de gestion du milieu halieutique, des taxes
   piscicoles, etc... ?
• Pourquoi autoriser sur les mêmes lots, une pêche d’eau douce dévastatrice, sans compte à rendre, sans obligation de réaliser la moindre
   étude d’impact sur un milieu naturel et fragile, sans aucune obligation contrôlée de remise en état en fin d’activité et pour un coût financier
   lamentablement ridicule ?
   Nous sommes également en droit, nous pêcheurs et gestionnaires, de nous interroger sur la revente de notre cheptel et la disparition (toute
   espèce confondue), des gros spécimens géniteurs des eaux publiques.
• Comment des dizaines de malheureux poissons, qui après 10, 20 ou 30 ans de nage en eaux libres, terminent parfois leur vie dans de
   minuscules flaques d’eau, qui ne servent qu’à entretenir le business florissant de certaines pêcheries privées et bien juteuses. Flaques d’eau
   souvent directement alimentées en spécimens par ces mêmes pêcheurs professionnels, avec parfois la complicité de quelques pisciculteurs
   qui vont jusqu'à fournir des certificats sanitaires, légalisant ainsi la vente et le transport de poissons vivants.
• Comment encore être certain que nos A.A.P.P.M.A., ne rachètent pas elles-mêmes parfois, des sujets pris dans les filets qui raclent leurs
   lots ? 
• Comment est-il concevable, ou simplement tolérable, qu’on nous demande à nous pêcheurs amateurs et sportifs qui n’effectuons, pour une
   grande majorité, aucun prélèvement dans le milieu naturel et qui devons demander pour chaque manifestation une multitude d’autorisations
   pour la simple pratique de notre sport, de verser un dédommagement pour une éventuelle et hypothétique perte financière causée par une
   manifestation inscrite au calendrier officiel d’une fédération sportive ?
• Qui donc est l’instigateur de ce délire ? Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle forme de racket ?
• Quand va t’on demander aux organisateurs d’un marathon, d’une course à pied, cycliste ou autre sport populaire, un dédommagement pour
   les particuliers, les entreprises, les riverains des sites que ces manifestations pourraient perturber ?

Une autre grande question reste pourtant sans réponse : qu’apporte aujourd’hui à l’ensemble de la collectivité la pseudo-part économique de la pêche professionnelle ?

Ne serait-il pas judicieux de mettre en parallèle l’impact économique que représente l’activité des plus de 1,3 million de pêcheurs de loisirs qui pratiquent toute l’année sans compter (la pêche de loisirs en France représente un poids de 2,1 milliards d’euros et une création de valeur ajoutés de 920 millions d’euros !) et celui de la filière pêche professionnelle en eau douce ?
Je crois que la réponse coule de source.

Il est grand temps de réagir, nous tous, quel que soit notre type de pêche, avec nos instances halieutiques départementales, nationales, mais également l’ensemble des élus locaux, les riverains, les utilisateurs de nos rivières, les responsables de la santé, etc...

Nous devons être très vigilants et attentifs.
Nous devons agir et ne pas laisser se mettre en place sur notre territoire, un business dépassé pour les intérêts d’un ou deux particuliers, face à l’intérêt collectif des pêcheurs de loisirs.
Surtout, pour que vivent nos fleuves et nos rivières.

Fernand DE CASTRO

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