Le 11 juin 2003, notre Président, Patrick PACHOT, a écrit à Monsieur Jean-François KRAFT, Préfet de l'Ardèche, à Privas, à propos de la maille à 23 cm. Voici le contenu de ce courrier :

Objet : Taille Légale de Capture de la truite fario en Ardèche : doit-on reculer ?

 

Monsieur le Préfet,

Avant qu'une décision lourde de conséquences par arrêté de modification de la taille légale de capture de la truite fario pour 2004 n'intervienne, nous souhaitons porter à votre connaissance quelques éléments importants sur un dossier où certains ont tendance à oublier leurs missions statutaires, et surtout, le respect de la loi pêche.

Nous vous informons que la réglementation pour la Taille Légale de Capture de la truite fario actuellement appliquée en Ardèche (23 cm) est basée sur les conclusions du P.D.P.G (Plan Départemental pour la Protection du milieu aquatique et la Gestion des ressources piscicoles de l'Ardèche) réalisée sur trois ans par la Fédération Départementale en collaboration avec le Conseil Supérieur de la Pêche.
Elle répond à l'application de la Loi Pêche : " la taille minimale de capture est censée permettre l'accomplissement de la première reproduction pour chaque espèce de salmonidé " (Art.R. 236-23 du Code Rural). Notons au passage que la taille de capture réglementaire de la truite fixée par le Code Rural est de 23 cm.
Cet outil de gestion qu'est le P.D.P.G ne peut être détourné car il est une obligation légale et statutaire des Fédérations Départementales de Pêche. De plus, il a démontré son efficacité dans la gestion patrimoniale de nos cours d'eau ardéchois.
En effet, les résultats des pêches sur station RHP (Réseau Hydrobiologique et Piscicole) effectuées chaque année par le Conseil Supérieur de la Pêche démontrent une très nette augmentation du nombre d'individus de taille supérieure à 16, 20 et 23 cm depuis la mise en place de la maille à 23 cm en 1997. Enfin, on constate une structure du peuplement plus équilibrée et une biomasse totale plus importante des cours d'eaux.
La mesure réglementaire actuelle d'une maille à 23 cm sur l'ensemble du département, répond tout à fait aux exigences de pérennisation des peuplements de souche sauvage et à long terme à la valorisation halieutique de nos cours d'eau (protection des géniteurs, renouvellement autonome des populations).
La question de cette modulation de la maille (et la complexité de ses modalités d'application) ne peut donc, en aucun cas, se baser sur des données subjectives et orientées pour déroger à l'application stricte de la Loi Pêche, validée par le P.D.P.G de l'Ardèche.
Si une telle décision intervenait, elle serait non fondée et pourrait, de ce fait, être immédiatement attaquable au Tribunal Administratif.
Il faut noter aussi que cette valorisation halieutique apportée par une maille uniforme est très régulièrement citée dans bons nombres de revues halieutiques. Elle sert de faire valoir pour le Tourisme-Pêche en Ardèche. Notre département est ainsi devenu, depuis plusieurs années, le premier département pour la vente de permis vacanciers et journaliers
Le Comité Départemental du Tourisme a maintes fois souligné l'importance de cette maille unique dans l'attrait de l'offre touristique pêche qui est un atout incontournable d'un tourisme vert en pleine croissance. L'activité pêche jouant un rôle de tout premier ordre dans l'offre de basse saison touristique.
Et doit-on oublier la majorité des pêcheurs ardéchois satisfaits de la réglementation actuelle ou écouter un collectif (qui soit dit au passage est bien loin de regrouper les 42 A.A.P.P.M.A du département et même la totalité des associations du plateau ardéchois) faisant beaucoup de bruit auprès de quelques hommes politiques influents ?
Dès 2001, de nombreuses associations de pêche ardéchoises avaient organisé plusieurs conférences de presse pour soutenir leur Fédération Départementale qui avait fait le choix d'une gestion patrimoniale avec la mise en place du P.D.P.G et qui subissait des pressions invraisemblables à la limite du harcèlement. L'idée d'une Association de Défense de la Truite Ardéchoise fut même évoquée lors de ces échanges : faudra t-il s'y résoudre ?

Il semblerait que ces pressions ont franchi un nouvel échelon et doivent faire maintenant l'objet de votre attention. Nous vous invitons donc à prendre connaissance d'un résumé de notre analyse des résultats de l'étude du collectif servant à justifier le retour à une maille modulable.
Ces résultats sur les cours d'eau du plateau ardéchois fournis par des pêches électriques d'inventaires, ont permis de confirmer dans leur ensemble une croissance assez rapide des populations de truites, justifiant ainsi l'application d'une maille à 23 cm et plus (Le Lignon et la Glueyre supporteraient une maille à 25 cm !).
Sur les autres cours d'eau étudiés par "Géo + " qui portent confusion sur la première reproduction d'une classe d'âge avant la taille de 20 cm (notamment le Gage et la Bezorgues), on peut déjà citer les commentaires de "Géo + " sur la représentativité des échantillons étudiés :
" cf Etude Gage : L'échantillonnage est trop faible pour être représentatif. Seulement 5 individus ont fait l'objet d'une analyse des gonades. Toute conclusion à partir de ces données serait hasardeuse. " L'étude P.D.P.G. réalisée sur ce même cours d'eau à partir de nombreuses données gonadosomatiques (lectures d'écailles) montrent au contraire l'un des taux de croissance le plus élevé du département !
En ce qui concerne le Tauron, l'analyse des gonades démontre que seulement 46 à 50% des truites sont matures. Ces mêmes poissons seront matures l'année suivante et il faut attendre le moment de la fraie pour qu'ils accomplissent leur première reproduction. Leur taille sera ainsi comprise entre 20.0 et 22.5 cm (courbe de distribution des tailles, lecture d'écaille & accroissement).
Ainsi 34 à 50 % des truites (2+) se reproduisent pour la première fois à 3+ (200 à 240 mm).
L'uniformisation réglementaire d'une Taille de Capture à 23 cm répond donc tout à fait aux exigences de pérennisation des peuplements de truites sauvages et à long terme, à la valorisation halieutique de nos cours d'eau (protection des géniteurs et renouvellement autonome des populations).
Comme vous pouvez le constater, les résultats de cette contre-étude sont bien loin de justifier une quelconque dérogation à la taille réglementaire de 23 cm actuellement appliquée en Ardèche.
Une telle réorientation constituerait une démarche régressive et paradoxale, contraire aux objectifs statutaires en terme de mise en valeur piscicole et de protection du milieu aquatique attribués aux Associations Agréées pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique et à la Fédération Départementale de Pêche.
Et, même si quelques portions de ruisseaux pourraient prétendre à une maille à 20 centimètres, une maille modulable, soit une gestion " à tiroir " des peuplements trutticoles, impliquerait une surveillance plus ambiguë du domaine piscicole et serait une difficulté supplémentaire pour nos pêcheurs face à une réglementation devenue trop complexe.
De nombreux départements l'ont compris et la tendance nationale est bien d'aller dans cette direction d'une harmonisation de la réglementation simplifiant la vie du pêcheur et des gestionnaires.
D'ailleurs, la Délégation Régionale du Conseil Supérieur de la Pêche qui a été consultée n'est pas favorable à une modulation de la maille en Ardèche.

Alors, Monsieur le Préfet, sachons garder le cap et faire avancer la pêche associative vers des objectifs cohérents et ambitieux.

En espérant que le bon sens l'emportera, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de notre considération distinguée.

Patrick PACHOT
Président de l'A.A.P.P.M.A.

 

Une copie de ce courrier a été adressée, pour information, à M. le Directeur de la DDAF de l'Ardèche et à M. le Président de la Fédération de Pêche de l'Ardèche.

 

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