SÉCHERESSE 2015

Suite à la demande de la Fédération de Pêche de l'Ardèche de dresser un bilan des problèmes rencontrés lors du dramatique épisode de sécheresse de cet été (voir le courrier fédéral), le Bureau de votre association a adressé la réponse suivante. Nous osons espérer qu’une suite lui sera donnée.


Monsieur le Président,

Suite à votre demande de remontées d’informations sur l’épisode important de sécheresse que nous connaissons, nous vous adressons le triste bilan concernant notre secteur. La pluie n’arrivant toujours pas, on peut d’ailleurs craindre que le bilan ne s’alourdisse.

De la mortalité a été constatée sur l’ensemble de nos ruisseaux de piémont : la Goueille, l'Embrun, le Lignon, le Crémieux (ruisseau de Peyraud), l'Egoutay (ruisseau de Saint Désirat), le Limony, le Torrenson qui ont séché sur de grands linéaires (50 à 100% de perte suivant les secteurs).
L’Ay a été coupé sur plusieurs tronçons  avec des pertes importantes sur ces secteurs
La partie basse de l'Hermasse, affluent de la Cance amont, a été réduite à néant avec une mise en cause évidente (que de pompes sur un si petit ruisseau !!).
La Deûme et la Cance semblent avoir mieux résisté, mais, on est encore sur le fil du rasoir. La situation sur la Cance en amont d'Annonay est alarmante. Les débits sont très bas. La Deûme résiste mieux.

Pour l’aspect règlementaire abordé dans votre demande, nous vous précisons que nos gardes particuliers, nos pêcheurs et nos bénévoles de l’association ont constaté de multiples infractions aux arrêtés préfectoraux qui se sont succédés : avec plus de 70 pompes qui affectent la Cance et ses affluents et à notre connaissance, aucune action significative des agents en charge de la police de l’eau, comment pourrait-il en être autrement ?

Cette sécheresse, qui n’est pas sans rappeler celle de 2003, amène plusieurs remarques. En effet, à la suite de la catastrophe de 2003, le préfet de l’époque était venu sur le bassin annonéen et nous avions pu évoquer avec lui des pistes de travail pour éviter ou tout du moins limiter l’impact de cet évènement climatique de plus en plus fréquent qu’est l’absence de pluie. Malheureusement, les préfets changent et ces propositions sont sûrement parties avec lui…
Pour mémoire, je vous les rappelle :
• Organiser des contrôles rigoureux et méthodiques à des horaires adaptées (les tournées en horaire « mixte bureau » ne sont pas les plus
   productives,
• Réaliser des opérations ciblées avec les services de gendarmerie et faire de la communication sur ces interventions,
• Informer oralement par des agents assermentés les citoyens titulaires de moyen de pompage de la législation en vigueur et des règles à
   respecter,
• Inciter financièrement (dégrèvement fiscal, aide de l’Agence de l’eau ou des syndicats de rivières,…) les utilisateurs d’eau riverains des cours
   d’eau à s’équiper de systèmes de récupération d’eau de pluie,
• Gérer les pompages avec des tours d’eau organisées et suivis de contrôles par les services en charge de la police de l’eau. L’autorisation de
   prélever au même moment pour l’ensemble du parc de pompes sur une même rivière est catastrophique pour le milieu (je rappelle que ce
   nombre est de plus de 70 pour la Cance !). Ne faut-il pas se souvenir que les anciens utilisaient cette méthode de rotation par secteur avec
   succès ?
• Simplifier les arrêtés préfectoraux pour les rendre plus lisibles et revoir la méthodologie des différents critères (localisation, mesures,…). Un
   exemple : pour la Cance, la station de référence est à Sarras avec la comptabilisation du rejet de la station d’épuration d'Annonay (80 à 100
   litres par seconde). Quand la Cance est en crise renforcée, nos ruisseaux de piémont et la Cance amont ont déjà atteints des niveaux
   critiques nécessitant un échelon règlementaire beaucoup plus strict.

Ces épisodes de sécheresse étant appelés à se répéter, il nous parait indispensable que ces propositions soient remises à l’ordre du jour et débattues avec les instances compétentes. Sur cette question des instances compétentes, nous souhaitons aussi vous informer d’un constat amer en matière de Police de l’Eau : nous assistons à une défaillance totale de cette police.
Pour avoir échangé avec d’autres présidents d’A.A.P.P.M.A., il semblerait malheureusement que les dysfonctionnements de l’O.N.E.M.A. n’affectent pas uniquement le Nord-Ardèche et qu'ils soient bien départementaux.
Depuis plusieurs années maintenant, nous constatons tous une absence de suivi et d’engagement de ce service dans sa mission principale qu’est devenue la Police de l’Eau (nous aurions pourtant pu croire qu’en abandonnant la Police de la Pêche, cela permettrait à cet organisme de se consacrer plus efficacement à cette mission). Cela est d’autant plus désolant que cet organisme devrait être un partenaire indiscutable et indiscuté pour nous aider dans nos missions bénévoles de protection des milieux aquatiques.
Pourtant, les exemples de signalements n’amenant à aucune action ne manquent pas et cela est regrettable. Nos gardes particuliers qui œuvrent comme nous bénévolement ne comprennent pas (et cela est bien légitime) que leurs signalements d’infractions à la Police de l’Eau ne soient pas pris en compte. Il en est de même pour les bénévoles que nous sommes, agissant au quotidien pour une pêche responsable et raisonnée en phase avec notre mission de protection du milieu aquatique.

Quelques exemples de cet été :
Le 4 juin notre garde particulier avertit les services de l’O.N.E.M.A. pour un problème sur la Cance amont, au lieu-dit levée d’Olagne. La rivière passe intégralement dans un canal de dérivation rive gauche et plus rien n’alimente le lit principal. Nous sommes fin août et nous en sommes au même point…La sécheresse en plus !
Dans les autres infractions constatées, il y a le pompage en direct dans le ruisseau la goueille pour… remplir un lac collinaire, la création d’un barrage sur le Torrenson pour installer une pompe agricole, le rehaussement d’une levée sur la Deûme pour alimenter un canal, les pompages innombrables s’effectuant sans aucun respect des arrêtés : arrosages en plein jour, arrosages les jours d’interdiction, etc…
En résumé, Il est clair que pour nous le grand absent de cet été, avec l’eau, aura été la Police de l’Eau.

Il faut aussi que la Fédération de Pêche ne se laisse pas prendre en défaut. Elle doit engager une réflexion en amont sur la façon d'appréhender ces épisodes de sécheresse : préparer une communication adaptée, se poser la question de la fermeture de la pêche, totale ou partielle, (oui les pêcheurs ne sont pas responsables de cette situation, mais ne doit-on pas montrer notre engagement à protéger nos ressources piscicoles ?), rencontrer et dresser un bilan de cette situation avec les autorités compétentes, nouer des partenariats pour des actions communes avec d’autres associations environementales,  

Dans tous les cas, si l’on veut continuer à "vendre" l’Ardèche comme une destination touristique pêche incontournable, il va falloir se retrousser les manches et trouver les moyens de mieux défendre nos ruisseaux et nos rivières.

Bien cordialement,
Le Bureau de la Gaule Annonéenne

Arrosage en plein jour
Tout dans le canal
Bien triste jetée
Arrosage en plein jour
Tout dans le canal !
Bien triste jetée
         
Le Crémieux
L'Egoutay
L'Egoutay
Le Crémieux
L'Egoutay
L'Egoutay

Pompage
Pompage
Pompage jusqu'à la dernière goutte !
Pompage
Accueil                                                  Archives